Retour sur la conférence « The struggles continues : The fight for Palestine across borders »
Par Gaétane Chicha · août 4, 2026
Cette dernière semaine, deux militants pro-palestiniens ont été arrêtés au Royaume-Uni dans des conditions arbitraires. Loin d’être un fait isolé, cet événement s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’une répression croissante des mobilisations en soutien à la Palestine dans les démocraties occidentales. Ces États, pourtant attachés à la défense de la liberté d’expression, en révèlent ici les limites. Le contraste est frappant : alors que certaines manifestations d’extrême droite, comme le Comité du 9 mai en France, se déroulent sans entrave majeure, les mobilisations pro-palestiniennes sont régulièrement surveillées, interdites ou sanctionnées. La liberté d’expression apparaît ainsi comme une norme à géométrie variable.
Cette contradiction se manifeste également dans le cas de Rima Hassan, députée européenne franco-palestinienne, empêchée de se rendre au Canada pour participer à deux conférences. L’une d’elles, organisée le 30 mars à l’Université Concordia, réunissait plusieurs intervenants : Rima Hassan, le journaliste Aaron Maté, le professeur Hatem Bazian et la militante Reem du Palestinian Youth Movement. Cette conférence a mis en lumière un constat central : les institutions occidentales ne sont pas de simples observateurs du conflit israélo-palestinien, mais des acteurs engagés.

L’Union européenne, en particulier, est décrite par Rima Hassan comme un complice actif. Derrière son discours sur les droits humains, elle maintient des relations économiques, diplomatiques et militaires étroites avec Israël, dont elle est le principal partenaire commercial. Cette proximité s’inscrit dans une histoire longue, marquée par un héritage colonial et des formes anciennes d’antisémitisme. Comme le soulignait Aimé Césaire, ce qui a choqué les Européens dans les crimes nazis tient aussi au fait qu’ils visaient des populations européennes, révélant une hiérarchisation persistante des vies.
Rima Hassan dénonce ainsi une incohérence majeure : l’Union européenne a imposé rapidement des sanctions contre la Russie, mais reste largement inactive face aux décisions de la Cour internationale de justice concernant Gaza. Pendant ce temps, les coopérations économiques et militaires se poursuivent. Les sanctions, lorsqu’elles existent, relèvent de l’affichage politique et sont retirées après des cessez-le-feu. Le soutien envers Israël est renforcé par les équilibres internes à l’UE, marqués par la progression des droites et des extrêmes droites.
La propagande médiatique en Occident
Le rôle des médias occidentaux constitue un autre levier central. Aaron Maté, critique le traitement médiatique du génocide. Selon lui, depuis le 7 octobre, un récit dominant s’est imposé, présentant Israël comme une victime unique et invisibilisant la souffrance palestinienne. Certaines informations, comme les accusations de viols de masse ou de bébés brûlés, ont été massivement relayées avant d’être prouvées fausses, contribuant à orienter l’opinion publique. Cependant, Aaron Maté a tenu des propos controversés sur les régimes de Bachar el-Assad et Vladimir Poutine par le passé.
À l’inverse, les destructions massives à Gaza voire sur le sol israélien par Israël sont moins médiatisées. L’usage d’armes peu précises, les bombardements intensifs ou encore le recours à des technologies IA impliquant des entreprises comme Google ou Microsoft restent quasiment inabordés (programme Lavender). Les médias israéliens participent à cette bataille narrative, notamment à travers le terme « Pallywood », visant à discréditer les victimes palestiniennes. Ce déséquilibre informationnel produit une hiérarchisation des souffrances.
Ce système repose aussi sur une instrumentalisation de la mémoire. La Shoah et la lutte contre l’antisémitisme sont parfois mobilisées pour disqualifier les critiques d’Israël, créant une confusion entre opposition politique et haine raciale. Il en résulte une double norme morale, où certaines violences suscitent une indignation immédiate, tandis que d’autres sont relativisées.
Le rôle des universités : un vecteur du sionisme ?
Les universités occidentales ne sont pas épargnées. Hatem Bazian dénonce des institutions structurées par des logiques de domination héritées du colonialisme, du capitalisme et du racisme systémique. Malgré leur attachement affiché aux droits humains, elles échouent à traiter la question palestinienne avec la même clarté que d’autres causes, comme l’apartheid sud-africain. Il appelle ainsi à une décolonisation des savoirs.
Il critique également la place croissante de la recherche militaire, au détriment des sciences sociales, ainsi qu’un modèle universitaire marchandisé, notamment dans les pays anglo-saxons, où l’endettement étudiant limite l’engagement politique. L’intégration de certaines formes de sionisme dans les discours académiques contribue, selon lui, à légitimer des rapports de domination.
Face à ces structures, le militantisme étudiant constitue un espace de résistance. De l’Université Concordia en 2002 aux mobilisations actuelles du Palestinian Youth Movement, les étudiants jouent un rôle central dans la politisation de la question palestinienne. Ils produisent des rapports qui dénoncent les complicités internationales et contribuent à renouveler les cadres de réflexion, notamment à travers la création des cours d’Ethnic Studies à Berkeley. Mais cette mobilisation s’accompagne d’une répression croissante.
Mariam Jama-Pelletier
La répression globale contre le mouvement pro-palestinien
Cette répression est une pratique courante en Occident. En France, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a discrédité des initiatives humanitaires comme les flottilles vers Gaza, les qualifiant d’irresponsables. Les militants arrêtés bénéficient d’un soutien diplomatique limité, tandis que certains activistes sont poursuivis pour apologie du terrorisme sur la base de propos isolés. Les associations étudiantes qui défendent la Palestine subissent également des pressions juridiques croissantes.
Ces pratiques peuvent être mises en perspective avec les analyses de Clément Viktorovitch dans Logocratie, où il montre comment le discours politique peut légitimer des formes de « mensonge d’État ». Le cas du ministre Jean-Noël Barrot, qui a critiqué Francesca Albanese, une rapporteuse spéciale de l’ONU et a appelé à sa démission, illustre cette idée.
L’acharnement contre des figures comme Rima Hassan, récemment placée en garde à vue, ou le projet de loi Yadan témoignent d’un ciblage récurrent contre le mouvement palestinien en Occident. Il ne s’agit pas seulement de cibler des individus, mais de contenir un mouvement global.
Ainsi, les démocraties occidentales apparaissent prises dans une contradiction profonde : elles affirment défendre les droits fondamentaux tout en en restreignant l’exercice. D’autant plus que la « moralité » d’Israël est fortement remise en question par la légalisation de la peine de mort contre les « ennemis d’Israël » qui sera utilisée contre les Palestiniens. La moralité et le fait qu’Israël soit « la seule démocratie » du Moyen-Orient contribuent pourtant fortement au soutien occidental. Pourtant, malgré la répression, les mobilisations en faveur de la Palestine persistent, révélant l’inefficacité du discours israélien sur l’opinion publique et la persistance de la contestation contre Israu00ebl.
Super article !