Minoritaire avec 28 % : le référendum de PSPP est-il déjà mort?
Une victoire en trompe-l’œil
Le 5 octobre dernier, le Parti Québécois (PQ) a réalisé un retour spectaculaire. Trois députés en 2022, une soixantaine aujourd’hui : Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) est devenu premier ministre du Québec. Mais derrière la victoire se cache un chiffre moins glorieux : selon les résultats rapportés par Noovo Info, le PQ n’a obtenu que 28 % des voix et forme un gouvernement minoritaire, sous la barre des 64 sièges nécessaires à la majorité. Pour un chef qui a fait du référendum le cœur de son engagement, la question s’impose : le troisième référendum est-il mort avant même d’être né?
Une promesse maintenue… mais repoussée
Le PQ promet un référendum sur la souveraineté au cours de son premier mandat, mais pas avant le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche, en janvier 2029. En pleine campagne, PSPP avait été clair, selon La Presse Canadienne : « Qu’on soit minoritaire ou majoritaire, cet engagement-là ne change pas. »
Au lendemain de l’élection, pourtant, le ton a changé. Le référendum n’est « pas une priorité immédiate », a-t-il déclaré, selon Global News, préférant parler d’itinérance, de coût de la vie et de guerre commerciale avec les États-Unis. Un recul tactique plutôt qu’un abandon : le premier ministre se donne du temps.
L’Assemblée nationale n’est pas le vrai obstacle
Le statut minoritaire n’empêche pas forcément la tenue d’un référendum. La question doit être adoptée par l’Assemblée nationale à la majorité simple. Or, Québec solidaire (QS), avec ses neuf députés, est lui aussi souverainiste. Ensemble, péquistes et solidaires dépasseraient la barre des 64 sièges.
La co-porte-parole de QS, Ruba Ghazal, a d’ailleurs confirmé au quotidien La Tribune que son parti serait dans le camp du Oui. Elle a toutefois refusé de dire comment QS réagirait si le PQ lançait un référendum perdu d’avance. « Il faut rallier la population », a-t-elle insisté.
Le vrai problème : l’opinion publique
Le principal obstacle se trouve dans la population. Selon un sondage de la firme Léger publié le 20 octobre, l’appui à la souveraineté plafonne à 29 %. Pire encore : seulement 20 % des Québécois souhaitent un référendum durant ce mandat. Même chez les électeurs péquistes, l’idée divise : 45 % la souhaitent, 42 % s’y opposent. On est loin des 49,4 % obtenus par le Oui en 1995.
Ces chiffres révèlent un paradoxe : bien des Québécois ont voté pour le PQ malgré le référendum, et non à cause de lui. Usure de la Coalition Avenir Québec (CAQ), désir de changement, popularité de PSPP : le vote du 5 octobre ressemble davantage à un vote de rejet qu’à un mandat pour l’indépendance. L’ancien premier ministre Lucien Bouchard avait d’ailleurs invité PSPP à « réexaminer » sa promesse, en entrevue à Radio-Canada.
La carte électorale complique encore les choses. Selon Fair Vote Canada, le PQ n’a remporté aucun siège dans la région de Québec, malgré 23 % des voix, tandis que l’île de Montréal a voté massivement pour le Parti libéral du Québec (PLQ). Or, aucun référendum ne se gagne sans percer à Montréal.
Le piège de la minorité
Le statut minoritaire pose un autre problème : la durée. Au Québec, les gouvernements minoritaires vivent rarement longtemps. Celui du libéral Jean Charest, élu en 2007, a duré moins de deux ans ; celui de la péquiste Pauline Marois, élu en 2012, environ dix-huit mois. Or, PSPP repousse tout référendum après janvier 2029, soit plus de deux ans après son élection.
Il lui faudrait donc survivre à de nombreux votes de confiance. Le chef du PLQ, Charles Milliard, a promis une « opposition déterminée » contre le référendum, selon Noovo Info. Quant au Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime, qui compte 19 députés, il réclamait pendant la campagne la balance du pouvoir précisément pour bloquer tout projet référendaire.
La stratégie Lévesque
Faut-il pour autant enterrer le référendum? Pas si vite. L’histoire offre un autre modèle : celui de René Lévesque. Élu en 1976 en promettant d’abord un « bon gouvernement », il n’a tenu son référendum qu’en 1980, après avoir notamment fait adopter la Charte de la langue française (loi 101).
PSPP semble s’en inspirer : gouverner, rassurer, puis convaincre. Il part d’une base respectable : selon le même sondage Léger, 43 % des Québécois voient son élection d’un bon œil, contre 32 % d’un mauvais œil.
En soins intensifs
Alors, le référendum est-il mort? Pas encore, mais il est en soins intensifs. La porte reste ouverte : PSPP a sa promesse, un allié souverainiste à l’Assemblée et du temps devant lui. Mais il lui manque l’essentiel : l’appui de la population.
Le véritable test ne viendra pas en 2029, mais dans les prochains mois. Si son gouvernement survit, gouverne bien et fait remonter l’option souverainiste, le référendum pourrait renaître. S’il tombe avant, la question sera réglée par les électeurs bien avant d’être posée.
– Noovo Info, « Le PQ formera un gouvernement minoritaire : cinq points à retenir des élections », 6 octobre 2026.
– La Presse Canadienne (via Les Affaires), « Le Parti québécois tiendra un référendum, même s’il forme un gouvernement minoritaire », 8 septembre 2026.
– Global News, « PQ leader says referendum not immediate priority as he prepares to lead minority government », 7 octobre 2026.
– La Tribune, « Québec solidaire se dit prêt à assumer la garde partagée de la balance du pouvoir », 6 octobre 2026.
– Léger, « Sondage postélectoral au Québec », 20 octobre 2026.
– Fair Vote Canada, « Parti Québécois wins 46% of the seats with 28% of the vote », 6 octobre 2026.
– CBC News, « Lucien Bouchard urges Parti Québécois leader to reconsider promise to hold referendum ».