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Société

La jeunesse russe contrant la culture du silence

La jeunesse russe a dû grandir et évoluer dans un pays où l’influence de l’ancien régime communiste a laissé de nombreuses marques autant culturelles que sociales. Il est facile de tenir pour acquis que leur quiétude est synonyme d’approbation envers les autorités, mais il s’agit d’un phénomène beaucoup plus complexe. Cette jeunesse s’est mobilisée, et continue de le faire, contre les injustices de la Russie moderne à travers plusieurs mouvements de manifestations, tout en contrant du mieux qu’elle le peut les diverses contraintes qu’elle subit (culture du silence, oppression, censure).

Culture du silence

La culture du silence en Russie n’est pas un nouveau phénomène. C’est le produit d’années sous l’influence de régimes totalitaires et autoritaires (Empire, URSS), où la liberté d’expression n’était pas chose courante. Cette culture se résume par le fait que les Russes n’ont pas tendance à s’exprimer sur de nombreux sujets, comme la politique, puisque les anciennes valeurs communistes sont bien ancrées et difficiles à changer du jour au lendemain. 

Ainsi, la culture du silence subsiste au sein du peuple, encore plus sous la répression moderne du président Vladimir Poutine qui sollicite et renforce cette culture avec la menace de sanctions sévères afin d’imposer la peur au cœur de la population.

Mouvements de 2017 et 2020

Le mouvement des jeunes Russes a également pris de l’ampleur grâce aux réseaux sociaux, où la communication fut plus simple pour les membres du groupe de résistance. Le gouvernement de Poutine a d’ailleurs mis en place une série de restrictions, de lois et de bannissements sur les diverses plateformes. Cela a entraîné une multitude de manifestants, pour la plupart de jeunes adolescents, à sortir dans les rues en 2017. Plusieurs sites ont été bannis du pays, la crainte croissante contre la censure et la corruption préoccupe la jeunesse russe et ils ont porté leurs protestations au grand public lors d’une succession de manifestations. 

Lors de ces évènements, le chef de l’opposition et activiste Alexeï Navalny fut éventuellement arrêté lors d’arrestations massives où les forces policières ont été accusées d’abus de force et de l’utilisation de la violence contre des manifestants pacifiques. Après l’arrestation de Navalny, environ une dizaine de milliers de Russes sont sortis pour protester contre l’arrestation illégitime de l’opposant. Dans près de 70 villes et villages, de jeunes Russes ont manifesté pour s’exprimer. 

Les forces policières ont rapidement emprisonné plus de 2 700 individus, ce qui fait de cette série d’arrestations de masse l’un des jours avec le plus d’arrestations faites en Russie depuis que l’organisme des droits de la personne OVD-Info (un organisme russe siégeant en Russie) a commencé à noter l’activité des autorités russes en 2011.

En continuité avec le mouvement de 2017, la Russie a connu un autre grand mouvement de protestation en 2020. Ce mouvement a grandi en popularité lorsque la constitution russe a été modifiée, cette même année, après un référendum dont le résultat est soupçonné d’être truqué autant par des Russes que par des entités internationales. 

À la suite de l’adaptation de la nouvelle charte révisée, un enchaînement de manifestations s’est produit en Russie. Ce sont surtout les jeunes adultes qui se sont mobilisés contre la corruption et la répression grandissante dans le pays. Il s’agissait de protestations pacifiques, mais les autorités russes ont réagi avec une série d’arrestations. 

Cela fut suivi par une censure graduelle et plusieurs lois visant à restreindre la liberté d’expression, d’association et de rassemblement de la population russe. Peu de temps après, le Kremlin a condamné des figures d’opposition avec des accusations comme « incitation publique au terrorisme (en ligne) », « préparation à la participation à des activités d’organismes terroristes », « discréditation des forces armées de la fédération russe, agences gouvernementales ou mercenaires ». 

Mouvement antiguerre 

Bien que le conflit entre la Russie et l’Ukraine existe déjà depuis 2012, c’est le 24 février 2022 que la Russie amorce son « intervention militaire armée ». Après cette mobilisation a suivi une conscription pour les jeunes hommes russes. Dès le départ, plusieurs Russes étaient contre, cherchant des moyens d’échapper à l’enrôlement et aux conditions difficiles du terrain. Pour la grande majorité qui n’y est pas arrivée, la désertion est devenue la seule solution. Il s’agit d’un phénomène qui ne cesse d’augmenter, estimé à près de 60 000 troupes russes. Plusieurs cas sont médiatisés, ce qui permet à plusieurs de recevoir de l’aide d’asile dans d’autres pays, et d’être arrêté par les autorités. Un ancien soldat, Danil Arkhipov, âgé de 24 ans, a notamment partagé : « Dans mes pires cauchemars, mes anciens officiers me retrouvent et m’arrêtent. […] Sur le front, j’ai compris que cette invasion de l’Ukraine était un crime contre l’humanité, contre un peuple frère, alors j’ai refusé d’y participer. » 

Plus récemment, en octobre dernier, le groupe russe Stoptime a interprété une chanson bannie par les autorités russes Кооператив “Лебединое озеро” (Coopérative « Le Lac des cygnes ») de l’artiste exilé Noize Mc sur le Kazanskaya Square, qui se situe dans le centre-ville de Saint-Pétersbourg. Les trois membres du groupe ont été arrêtés, leurs admirateurs les soutenant sur les réseaux sociaux. La chanteuse du groupe, Diana Loginova, plus connue sous le nom de scène Наоко (Naoko) a écopé d’une plus grosse peine que les deux autres membres pour avoir joué une chanson antiguerre classée « d’agent-étranger », avoir créé un rassemblement, discrédité les forces armées de la fédération russe, et autres. 

La perception générale est que les Russes, particulièrement encore plus la jeunesse russe, se manifestent peu, voire pas du tout. Cependant, comme le prouvent les mouvements évoqués dans cet article, ce n’est pas le cas. Cela dit, il est vrai qu’il existe de plus en plus de restrictions et de répressions exercées sur les manifestants, ainsi qu’une nouvelle culture de dénonciation qui se propage, notamment par peur des autorités. En effet, une hausse du nombre d’emprisonnements pour des propos jugés extrémistes, terroristes ou contre le régime est actuellement observable. Même avec cette terreur croissante, plusieurs jeunes Russes se prononcent encore sur leur réalité, cherchant à apporter des changements, peu importe le coût et en s’adaptant aux mesures gouvernementales grandissantes. 

Crédit: Valery Tenevoy / Unsplash ( MOUVEMENT 2020)

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