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Ce que le souverainisme québécois a dans le ventre, à travers d’autres mouvements séparatistes

On ne se sépare pas sans avoir soif de liberté. Comme bien des mouvements souverainistes, l’indépendantisme québécois est le résultat de l’histoire coloniale du territoire, enraciné dans les tensions entre francophones et anglophones. Les mesures systémiques et les réalités culturelles qui désavantageaient les francophones ont engendré l’ambition d’un État valorisant la culture, l’histoire et la langue du peuple québécois. Deux référendums ont eu lieu, en vain. Cependant, force est de constater une résurgence de discours sur l’indépendance dans l’actualité politique, avec des clivages notables entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre. Or, si les politicien.ne.s sont friand.e.s de parler de ce qu’iels ont dans le ventre, il revient à l’électorat de démystifier ce que cela représente. Le souverainisme québécois moderne étant distinct de ses formes antérieures et le désir de savoir ce qu’il en adviendra ne s’essoufflant pas, en dresser un portrait par l’intermédiaire d’autres mouvements indépendantistes s’essaye à soulager la démangeaison, exposant ses forces et ses faiblesses.

Il n’y a pas de chemin tout tracé vers l’indépendance, contrairement à ce que certains aimeraient faire croire. En revanche, compte tenu du nombre croissant d’États ayant réussi à s’émanciper, les facteurs favorisant la sécession semblent moins brumeux. Des cas comme le Timor oriental, la première nation à avoir gagné son indépendance au 21e siècle, servent à en illustrer les contours. Avec un double passé colonial, ayant été sous domination portugaise, puis indonésienne, le Timor oriental a longtemps été accablé de périodes de dysfonctionnement politique et de violence. Si la domination coloniale s’est révélée brutale, la férocité de sa répression, son assimilation, et sa division ethnique et culturelle ont joué en sa défaveur, révélant une polarisation claire entre les intérêts du colonisateur et ceux du colonisé. Les gains que la souveraineté apporterait en sont, alors, devenus limpides. Ainsi, le momentum opportun devient crucial, soutenu par l’affaiblissement de l’autorité dominatrice et le soutien externe de la lutte indépendantiste. Le mouvement souverainiste québécois, contrairement à celui du Timor oriental, n’a ni le soutien des Nations Unies pour bâtir son pays, ni un adversaire ouvertement tyrannique, cependant il reste que son indépendantisme est avantagé par divers éléments contextuels. Entre autres, la singularité du Québec est amplement reconnue à l’international, les guerres tarifaires avec les États-Unis ont mis de l’avant la disparité entre les intérêts ontariens et québécois et, par-dessus tout, un parti séparatiste a été élu démocratiquement au provincial. Ces éléments ont contribué à créer un climat politique où l’indépendance québécoise est, de nouveau, pertinente et, plus que tout, envisageable.

Or, le souverainisme québécois est alourdi par ses faiblesses. Une autre nation qui a connu l’amertume d’un référendum perdu est, indéniablement, la Catalogne. Réclamant son indépendance depuis 1640, la Catalogne demeure, à ce jour, une colonie espagnole. Historiquement, sa lutte pour la sécession a été considerablement amenuisée par le capital politique de l’Espagne – faisant en sorte que des acteurs externes l’ont favorisé, son État et ses combats – ainsi que par les clivages entre les classes, les familles aisées étant avantagées par la domination espagnole. À ceci s’est ajouté que le maintien du statu quo proposait des avantages considérables, principalement sur le plan économique, surtout lorsque comparé aux désavantages d’être un pays naissant. De plus, il faut noter que l’efficacité de l’assimilation et les fluctuations du momentum politique ont joué dans l’instabilité de la force souverainiste en Catalogne. En ce qui concerne le Québec, l’ingérence directe du Canada n’est pas même nécessaire afin de convaincre 71% de sa population qu’elle voterait en défaveur d’un nouveau référendum. Le fait est que, plus particulièrement depuis le début du second mandat de Trump, l’union avec un pays puissant comme le Canada semble plus avantageuse pour la population québécoise. Plus que tout, le contexte sociopolitique semble beaucoup moins adapté à la naissance d’un Québec souverain que lors de la Révolution tranquille. Si l’américanisation du mode de vie n’a cessé son essor, la culture québécoise, à bien des égards, a stagné peu après son effervescence et n’a su se réinventer fructueusement. De fait, l’urgence de préserver la culture québécoise a été amollie par le désintérêt de sa propre population envers celle-ci. Si le Québec se battait contre le petit pain, les États-Unis offraient de la brioche d’emblée.

Le souverainisme québécois moderne a bien des cartes en main. Il s’impose dans les délibérations politiques, malgré les nombreux obstacles se dressant sur son chemin. Néanmoins, ce serait une erreur de le considérer comme dérisoire, considérant l’importance qu’il aura dans les prochaines années de gouvernance provinciale ainsi que les perspectives d’un référendum prochain. Est-ce que cette nouvelle vague indépendantiste mènera à de nouvelles démarches référendaires vaines ? Pourrait-elle même signer la fin du souverainisme québécois à long terme ? Ou est-ce qu’elle lui fournira enfin la plateforme nécessaire pour se concrétiser ? Des éléments de réponse sont, sans doute, déjà à notre portée, il ne nous restera plus qu’à les déchiffrer, le moment venu.

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