Les autres facettes du référendum albertain
Le 19 octobre, les électeurs albertains étaient appelés à se prononcer par voie de référendum sur plusieurs questions sur l’immigration et d’ordre constitutionnel, dont la possibilité de tenir un référendum sur la souveraineté de l’Alberta. Alors que l’accent pendant la campagne référendaire a été mis sur cette dixième question, les résultats aux neuf autres sont tout aussi intéressants.
Un rejet clair…
Les Albertains ont largement voté contre l’organisation d’un second référendum contraignant sur la séparation de l’Alberta du reste du Canada. Alors que 98 % des votes exprimés sont comptés, 1 546 219 personnes, soit 75 % des votants, ont préféré l’option de rester au sein du Canada à celle de commencer le processus visant à quitter la fédération.
Le taux de participation définitif n’a pas encore été dévoilé, mais ce dernier sera plus élevé par rapport aux dernières élections provinciales où 60,5 % des électeurs s’étaient déplacés aux bureaux de vote.
… mais d’autres résultats plus serrés
Néanmoins, les résultats préliminaires sur les neuf autres questions sont beaucoup plus serrés. Les questions sur la réforme des politiques d’immigration ont toutes le oui en avance jusqu’à maintenant, ayant toutes reçues entre 52 % et 58 % d’avis favorables. Les changements proposés sont majoritairement dans les champs de compétence de la province, mais des tensions pourraient apparaître avec le gouvernement fédéral sur la sélection des immigrants souhaitant s’installer en Alberta.
Le nouveau premier ministre du Québec a d’ailleurs salué les résultats du référendum albertain en soulignant vouloir collaborer avec son homologue, Danielle Smith et les autres provinces pour aller chercher plus de pouvoirs au détriment d’Ottawa.
Réforme constitutionnelle en vue ?
Du côté des quatre questions constitutionnelles, la tendance actuelle tend vers une victoire du non à chacune des questions, mais les résultats sont ici aussi serrés. Même si une majorité d’Albertains ne souhaitent pas quitter la fédération, cela montre un certain mécontentement d’une part de la population sur la façon dont les responsabilités sont partagées entre le fédéral et les provinces.
Cela pourrait obliger le fédéral à ouvrir son jeu dans les prochains mois, particulièrement avec la pression venant aussi de Québec. Le premier ministre Carney n’était d’ailleurs pas fermé à l’idée lorsque des journalistes lui ont posé la question.
Il n’en reste pas moins que nous n’en sommes pas là et que les résultats ne sont pas sans équivoque. Un appui à 70-80 % aurait lancé un message beaucoup plus fort qu’un appui à 45 %. Le processus visant à amender la Constitution canadienne est également très complexe et cela pourrait refroidir les ardeurs de certains politiciens.
Quel avenir pour Danielle Smith ?
D’ailleurs, le leadership de la première ministre albertaine est contesté par plusieurs sur la place publique et au sein même de son parti. D’un côté, plusieurs figures importantes lui reprochent d’avoir déclenché le référendum. Toutefois, des membres du Parti conservateur uni (PCU) critiquent quant à eux le positionnement pro-Canada de leur cheffe pendant la campagne et sa volonté de fermer pour de bon le dossier de l’indépendance après la défaite du camp souverainiste.
Certains dirigeants du camp séparatiste et certaines associations locales poussent pour déclencher un vote de confiance lors du congrès du parti fin novembre et souhaitent aussi inclure dans les positions officielles du PCU, la volonté de se séparer du Canada. Un sondage parmi les membres du parti a montré qu’une majorité d’entre eux est en faveur de l’indépendance de l’Alberta, même si cette position n’est pas populaire au sein de l’électorat.
À la prochaine fois ?
Devant ce débat qui fait rage au sein de la droite albertaine, plusieurs ne se demandent pas si, mais quand aura lieu le prochain référendum. Le spectre d’une scission au sein du PCU n’est pas non plus à négliger alors que Mme Smith a appelé les indépendantistes à quitter le parti. Si cela devait arriver, un impact sur les chances futures des conservateurs de gagner les élections provinciales face au NPD pourrait se faire sentir en raison de la division du vote. Ce chapitre de la vie politique albertaine est donc loin d’être clos.

Crédit : gordoshootsraw https://pixabay.com/fr/photos/ville-calgary-tombe-alberta-4527856/
Bâ, B et al. (2026, 19 octobre). Référendum en Alberta : les faits saillants. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/info/en-direct/1014590/jour-de-referendum-en-alberta?publication=2294510
Bellavance, J-D. (2026, 21 octobre). Carney à l’écoute des provinces autonomistes. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/analyses/2026-10-21/canada/carney-a-l-ecoute-des-provinces-autonomistes.php
Djurick, M. (2026, 21 octobre). Alberta premier faces a separatist challenge inside her own party. Politico. https://www.politico.com/news/2026/10/21/danielle-smith-separatists-united-conservative-party-01130629
Elections Alberta. (25 octobre 2026). General Elections. https://www.elections.ab.ca/resources/reports/general-elections/
Elections Alberta. (25 octobre 2026). Unofficial Results Referendum 2026. https://results.elections.ab.ca/8400
Journet, P. (2026, 20 octobre). Pour Ottawa, un message faible et ambigu. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2026-10-20/referendum-en-alberta/pour-ottawa-un-message-faible-et-ambigu.php