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Culture

Briller pour dénoncer : l’activisme réinventé des femmes du tapis rouge

Le corps des femmes a toujours été un champ de bataille. Dans les guerres, les crises ou les moments de tension, il a souvent servi d’arme ou de trophée pour soumettre, humilier ou motiver les troupes. Ce n’est que récemment que ce même corps est devenu un outil de prise de parole et de mobilisation. Non plus subi, mais revendiqué. Sont-elles écoutées pour autant? C’est une autre histoire. Mais elles sont, du moins, entendues. 

Les voix qui résonnent sous les projecteurs

L’idée est simple : amplifier le message. Qui n’est jamais tombé sur un montage vidéo émouvant où les femmes nommées profitent de la tribune pour livrer des discours engagés? Ces prises de parole, prononcées aux Oscars, aux Césars ou aux Grammys, sont ensuite relayées, commentées et partagées. Elles résonnent bien au-delà de la salle.

Elles ont d’autant plus d’écho lorsqu’elles viennent des stars les plus populaires. Quand des célébrités mondiales s’engagent, le message gagne en légitimité, en visibilité et en répercussion. Leur capital symbolique met en lumière des sujets qui resteraient dans l’ombre. On peut penser au mouvement #MeToo, qui a explosé médiatiquement grâce à la parole de femmes influentes du monde du cinéma.

Ces messages passent souvent par le discours, la voie classique, lorsque la lauréate dédie son prix à une cause ou dénonce une injustice du milieu comme les inégalités salariales ou le manque de diversité. On se souvient de Patricia Arquette réclamant l’égalité salariale à Hollywood depuis la scène des Oscars ou de Cate Blanchett remettant à leur place ceux qui croyaient encore que les films portés par des femmes étaient « niches » et non destinés au grand public.

Mais la parole n’est plus la seule arme. L’esthétique elle-même devient politique et le corps et l’habit, supports de revendication. 

L’élégance au service du message

Reprenons l’exemple de Cate Blanchett. Cette dernière a été aperçue à Cannes arborant une robe noire, blanche et verte qui, se mariant parfaitement au tapis rouge, formait le drapeau de la Palestine. On voit bien que, malgré un renforcement des restrictions dans ce milieu où la neutralité est souvent exigée, les artistes continuent d’inventer des manières ingénieuses d’intégrer des éléments porteurs de sens.

Au Toronto International Film Festival, l’actrice Saja Kilani a elle aussi transformé le tapis rouge en scène d’expression. Sa robe sur mesure, The Veil of Silence, recouvrait partiellement sa bouche, métaphore des voix étouffées.

Il existe aussi des performances plus radicales. En 2023, toujours à Cannes, l’influenceuse ukrainienne Ilona Chernobai avait foulé le tapis rouge dans une robe bleue et jaune avant de se recouvrir de faux sang entrainant la stupeur et le choc du public, ainsi qu’un mouvement viral sur les réseaux sociaux. En quelques minutes, son message, celui d’un pays en guerre, faisait le tour du monde. Ces performances, qu’elles séduisent ou dérangent, ont un objectif commun : réinvestir l’espace public pour bousculer les consciences. 

Et oui, à Cannes, ça brasse.

L’impact des voix et des images

Ces prises de position contribuent à ouvrir des conversations cruciales, à mettre la pression sur les institutions culturelles et à faire évoluer les mentalités, notamment autour de la place et de la représentation des femmes. Le mouvement #MeToo, né dans ce monde du « glamour », a d’ailleurs levé le voile sur l’envers bien moins scintillant du décor, sous l’effet de cette pression.

Mais l’activisme des stars n’échappe pas à la critique. Beaucoup y voient du militantisme de performance, une posture plus qu’une conviction, une manière d’alimenter son image sans réel engagement derrière. Le risque est réel : quand la cause devient accessoire au profit du moment viral, le message se dilue.

Il faut quand même reconnaître que ces prises de parole, qu’elles soient sincères ou stratégiques, ouvrent des brèches. Elles rendent visibles des causes que l’on préfère souvent taire. Et si l’activisme mondain n’est pas la révolution, il a au moins le mérite de semer le doute, d’imposer des récits alternatifs, de rappeler que le corps, surtout celui des femmes, reste un territoire politique.

Crédit photo: Daniele Venturelli (Getty Images)

Crédit photo: Daniel Cole

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